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« LE CLUB N’éTAIT PAS NORMAL » : ENTRETIEN AVEC MAURICE COHEN

Maurice Cohen, le président de Nice, équipe séduisante auprès de son public depuis un mois, raconte comment il a redonné du souffle à un club marqué par la saison passée et toujours en vente.

Maurice Cohen reçoit dans son bureau, salle Charly Loubet, pendant près d’une heure mercredi, avec pour décor une photo de Victor Agali célébrant la folle victoire niçoise à Monaco (4-3), en 2004. Le boss des Aiglons était déjà aux affaires il y a vingt ans, il est revenu en décembre dernier avec Jean-Pierre Rivère pour empêcher la relégation et se retrouve depuis cet été seul aux commandes d’une équipe qui vient d’écraser Rennes (5-2, le 30 octobre).

Un début de saison « intéressant, mais on ne va pas s’enflammer. On n’est à l’abri de rien, on reste concentrés sur les résultats. Ce n’est toutefois pas fragile comme l’année dernière, on est plus costauds, on a un banc pas mal », assure le dirigeant de 71 ans, doyen des présidents de l’élite mais visiblement toujours dans le coup.

- Depuis le départ de Pierre Ferracci du Paris FC, vous êtes le plus expérimenté des présidents. Cela vous inspire quoi ?

Au début, ça m’a contrarié. Le plus vieux des présidents... Je me dis : merde, je suis vraiment un vieux con (sourire). Et puis, en réfléchissant, je me dis, tiens, c’est un clin d’oeil sympathique. L’expérience me sert plutôt qu’elle ne me dessert. La connaissance du football, je l’avais. Les rapports avec les agents, tout ça, ça n’a pas changé. La relation avec les joueurs non plus.

- C’est ce qui vous a poussé à revenir il y a un an ?

Je suis revenu pour aider le club, je le sentais en difficulté. Parce que la passion, le foot, l’OGC Nice... En déplacement, ça me plaît de voir le comportement des joueurs, du staff, de ressentir ça. Quand j’ai arrêté (en 2009), il m’a fallu un peu de temps pour me remettre. J’ai vu pratiquement tous les matches de Nice depuis vingt ans. Ce n’est pour moi ni une contrainte ni un boulot.

- Vous faisiez déjà la paire avec le directeur sportif Roger Ricort. Vous deux, c’est...

Certains nous appelaient les tontons flingueurs ! On s’est connus au Cavigal (club local). On aime beaucoup le Gym et on essaye de lui redonner une nouvelle image. Ce qui me plaît, c’est l’état d’esprit, la combativité, la qualité du jeu pratiqué. C’est important pour conquérir notre public, qui est difficile. Ce qu’il souhaite voir, c’est ça, une équipe qui mouille le maillot, un peu la grande force qu’on avait il y a vingt ans au stade du Ray (qui a accueilli les matches du Gym jusqu’en 2013). C’est ce qu’on a essayé d’amener avec Roger. Il faut qu’on sente sur le terrain qu’on est Niçois, c’est important.


« Le club était dimensionné pour jouer à la Ligue des champions et c’était démesuré »
Maurice Cohen, président de l’OGC Nice


- Avez-vous les mains plus libres depuis que vous êtes seul aux commandes ?

Quand on est arrivés avec Jean-Pierre, le club était en situation délicate et notre seule ambition était le maintien. Quand j’ai pris après les rênes en juin, le but était de reconstruire le club, tant au niveau sportif qu’administratif. Il était dimensionné pour jouer la Ligue des champions et c’était démesuré. Le club n’était pas normal. On l’a redimensionné pour devenir un club normal. Et moi ? Je suis un président normal, je pense (sourire).

- Quelle a été votre première mesure phare ?

Enlever toutes les bâches qu’il y avait l’année dernière. Ils avaient réduit le stade à 27 000 places. Quand je suis arrivé, j’ai dit non. On s’est tellement battus pour avoir un nouveau stade, de 32 000 places, pourquoi le réduire ? Il faut avoir l’ambition de le remplir. On a 14 000 abonnés, on tourne à 18-19000. On a ce handicap, c’est sûr, au niveau des places de parking, qui ne dépend pas de nous. Mais il faut qu’on arrive à 25 000 en moyenne. J’espère qu’on va jouer Paris (le 21 novembre) à guichets fermés. C’est en bonne voie.

- Pas d’envie de peser dans les instances ?

J’étais, à l’époque, au conseil d’administration de la Ligue, vice-président de l’UCPF (Union des clubs professionnels de football). Depuis que je suis revenu, je ne m’y suis pas beaucoup intéressé, parce qu’il y a un boulot fou ici. Mais maintenant que le travail, pratiquement pour la saison, a été fait... La voix de Nice doit porter aussi. Je ne vais pas m’interdire de. J’ai reçu Olivier Bramly (DG de LFP Media) il y a peu pour parler droits télé.

- Parlons d’Ineos....

(Il coupe) Tout le monde sait que le club est à la vente. Il y a des gens qui semblent être intéressés.


« Si demain viennent des actionnaires qui ne nous conviennent pas, on ne restera pas. S’il y a des gens avec qui on s’entend, on restera »
Maurice Cohen, président de l’OGC Nice

- Qui ?

Je ne sais pas. Je ne m’en occupe pas du tout. Vous savez, mon deal avec Ineos et Roger, c’est la même chose. On leur a dit : « Écoutez, on est là pour le club, on part quand vous voulez ». Si demain viennent des actionnaires qui ne nous conviennent pas, on ne restera pas. S’il y a des gens avec qui on s’entend, on restera. Jean-Claude Blanc, le CEO d’Ineos Sport, est en charge de ce dossier, avec la banque Lazard. Quand des gens m’appellent, hop, je les envoie chez lui. Beaucoup de gens ont appelé mais ne correspondaient pas du tout. Ce qui est sûr, c’est qu’Ineos et Jim Ratcliffe (son PDG) font très attention, ça ne va pas être bâclé.

- On demande car Lausanne Sport vient d’être mis en vente, Manchester United n’est pas au top...

Je ne suis pas inquiet, Ineos est un groupe important. Après, qu’ils veuillent se démettre de certains dossiers, c’est leur droit. Mais il n’y a pas de soucis. Sur tout ce qu’on a proposé (cet été), on n’a eu aucun échec. Ils ont été là quand il le fallait. Et nous, on travaille comme si le club n’était pas à la vente. Comme si rien n’allait changer.


« En début de saison, tout le monde était triste, inquiet, angoissé. Aujourd’hui, si vous faites le tour, les gens sont heureux, contents. J’ai redonné cette joie de vivre à ce club »
Maurice Cohen, président de l’OGC Nice


- Mais peut-on vraiment être le boss quand on n’est pas président actionnaire ?

Moi, je me comporte comme un président actionnaire ! Je corresponds avec Jean-Claude Blanc et j’ai eu de l’aide plutôt que des réticences, ça se passe bien. Bien sûr, on a des contraintes. On avait un objectif à 70 M€ de ventes. Des chiffres qui avaient été mis par mes prédécesseurs et par l’ancien directeur financier, mais c’était un peu surréaliste quand même... On n’a fait que 48,5 M€ (sourire). Mais on est arrivés à faire quelque chose qui tient la route.

- De là à viser la 7e place, comme vous l’avez annoncé début septembre ? Personne ne vous a dit, « quand même, Maurice... » ?

Si, même le coach ! Il m’a dit : « vous mettez la pression ». Et j’ai dit : « oui, je vous mets la pression ! Ce n’est pas grave, il faut qu’on regarde en haut, coach. » Roger, il m’a dit : « tiens, tu fais fort... » On était derniers et on allait jouer Lille (le 20 septembre, victoire 2-1). Mais il faut donner cet élan, que les joueurs le ressentent, qu’on regarde en haut, plus en bas. Et je reste sur la même ligne. Vous savez, ici, en début de saison, tout le monde était triste, inquiet, angoissé. Aujourd’hui, si vous faites le tour, les gens sont heureux, contents. J’ai redonné cette joie de vivre à ce club. Et donné cette ambition. Un optimisme qu’il n’y avait plus. C’est la septième place que je veux. Je veux la petite Coupe, ça me ferait un grand plaisir. »